Région Auvergne

Fred
Je me suis rendu compte de mon alcoolisme petit à petit.

En fait, j'ai eu des périodes avec et d'autres sans. Des personnes de mon entourage ont commencé à me faire des remarques sur ma manière de boire. Je n'y attachais pas trop d'importance. Je ne me rendais pas encore compte du fait que je ne buvais pas comme les autres. Je me suis rendu compte qu'il y avait un problème après 13 ans d'alcoolisations intermittentes. Mais je repoussais le problème, sûr de pouvoir gérer cet état par mes propres moyens.
A la suite d'une crise d'épilepsie, je me suis retrouvé à l'hôpital avec un taux d'alcoolémie assez élevé. Comme ils gardaient les dossiers des "clients", et que je n'en étais pas à ma première visite, des spécialistes sont venus me trouver pour essayer de m'expliquer qu'il y avait un souci. Je n'ai toujours rien entendu, ou, si je l'entendais, je restais persuadé que je n'étais pas l'exemple qu'ils me dépeignaient. Finalement, à la suite d'une dépression liée à un choc émotif, je me suis retrouvé à l'hôpital, dans un état d'ébriété avancé. Là, des infirmiers sont venus me parler simplement d'alcoolisme et mon remis un texte ayant pour titre: « la maladie alcoolique ». Je me suis reconnu aux travers de beaucoup d'exemples, et c'est à ce moment là que j'ai commencé à prendre conscience de mon alcoolisme. J'ai encore ce fascicule. Je l'ai gardé comme un fétiche.
Ensuite, j'ai suivi une psychothérapie de 5 ans qui m'a aidé à comprendre qui je suis. L'alcool était toujours présent et mon état ne faisait qu'empirer. Est survenu un grave accident qui a bouleversé ma vie. J'ai subit de lourds handicaps qui ont tout remis en question.
Les souffrances endurées ont modifiées mon état d'esprit et j'ai tout quitté. Cette chute a été le virage de ma vie et avec du recul, sans tenir compte des douleurs, je suis content que tout ça ai eu lieu. Il a fallu que je réapprenne beaucoup de choses et que je change de métier. De mécano, je suis passé musicien. 5 ans de travail acharné et de plaisir. Tout, absolument tout, a été remis en question. De confortable, je suis passé pauvre, d'un gros 4/4, je suis passé à une petite voiture, d'une jolie ferme que je retapais, je suis passé à un HLM. Je donnais des ordres, j'en reçois... J'ai même changé de femme. J'avais repris ma vie en main et je me sentais bien dans cette vie.
Une chose était resté présente... elle m'a suivie comme un chien suit une piste et a fini par me retrouver : l'alcool. Mon compagnon de presque toujours.
Il me semblait avoir fait le tour de tout ce que je pouvais faire pour arrêter de boire. Jusqu'au jour, ou, sur Internet, j'ai eu l'idée de taper le mot alcool. Je suis tombé par hasard sur un lien qui ma amené à un groupe portant le doux nom de "bienvenue". Je n'aurai jamais cru que ce lien allait être aussi solide. Là, des personnes m'ont donné leurs témoignages, leurs expériences avec l'alcool. J'ai beaucoup apprécié ce départ dans mon cheminement. J'ai reçu beaucoup de chaleur et je pouvais me confier à des gens que je ne connaissais pas, mais que je reconnaissais aux travers de ma maladie. Ils ont passé du temps à m'aider, à m'écrire, m'encourager. J'échangeais des messages avec des gens qui était aussi encore dans l'alcoolisation et je me suis surpris moi aussi à leur donner du réconfort. Ce n'a pas été sans mal...Ils ont mis 6 mois pour me donner le courage de pousser la porte des AA, me certifiant qu'Internet était merveilleux mais ne remplaçait pour rien au monde une réunion physique. Sans eux, je ne crois pas que j'y serais arrivé. J'avais entendu parler des AA... mais surtout aux travers de blagues idiotes. Ils ont gagné. Je l'ai fait.
Mais la porte, je n'ai pas eu à la pousser...elle était ouverte comme pour mieux m'accueillir. J'y ai rencontré des gens merveilleux qui m'ont beaucoup touchés avec leurs gentillesses et la sensibilité de leurs témoignages. Je me suis reconnue dans chacun d'eux et j'ai compris à la fin de ma première réunion que j'étais l'un d'eux. Sans les connaître, j'appartenais à ce groupe. Pour une fois, l'alcool m'apportait quelque chose de positif: une nouvelle famille. Ils m'ont remis une carte jaune que je garde précieusement dans mon portefeuille avec tous leurs numéros de téléphones. Ils m'ont aussi offert un bouquins, enfin, plutôt une revue qui s'appelle vivre sobre. Cette dernière m'a beaucoup aidé au début de mon abstinence. Elle est pleine de précieux conseils pour gérer ses pulsions alcooliques et la manière d'y remédier. En fait, elle n'est pas épaisse, mais c'est une véritable mine. Les gâteaux étaient bons et l'accueil aussi. Ils sont sympa les AA...j'y reviendrais... Je n'ai que quelques 24 heures d'abstinence, mais je sais qu'Internet, les AA du monde "virtuel", m'ont tirés du trou dans lequel je m'enfonçait inexorablement. Je continue d'échanger avec eux des messages et ils font partie intégrante, avec les AA "physiques", de mon rétablissement. Je pense qu'au même titre que le téléphone, Internet a sa place dans la boite à outils des AA.
Je parle beaucoup de mon alcoolisme à mon amie, mes enfants, les siens. A mes sœurs aussi...mais, je sens qu'elles sont gênées quand j'aborde le sujet; alors je ne les embête pas avec ça. Mon amie m'écoute, mais elle n'arrive pas à comprendre que l'alcoolisme est une maladie. Moi même, j'ai mis 12 ans a le comprendre, alors je lui laisse le temps. Par contre, sa fille de 15 ans a compris qu'il ne me faut plus une seule goutte d'alcool. Elle ne met plus d'alcool dans les crêpes...ça , c'est super. Mon amie a plus tendance à faire des erreurs, surtout aux débuts. Mais je suis tranquille, sa fille la rappelle souvent à l'ordre. Et puis elle est comme ça...je l'aime aussi pour ça!

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