Région Auvergne

Victoire
Souvente fois, le début d'une histoire paraît facile, accessible et là, je suis bien embarrassée.

Comment l'histoire a-t-elle commencée ? Je ne saurai pas le dire. A quel moment je me suis mise à boire? je ne le sais pas vraiment. Ce que je sais en revanche c'est qu'un sentiment de vide intérieur s'est emparé de moi, il y a longtemps.
Vide d'affection, vide d'amour, vide de sens, ma vie ressemblait à une recherche effrénée d'absolu et d'inaccessible tout à la fois, et cela depuis mon plus jeune âge.
Maintenant, entre le moment où j'ai bu "socialement" et le moment où les choses ont dérapé pour devenir irréversibles, c'est plus difficile à saisir, à comprendre.

C'est pourquoi je pense que l'alcool n'est qu'un révélateur, si je puis dire, d'un problème plus profond, plus ancien, d'un mal-être que j'ai dû promener depuis longtemps.

Les fêlures et les blessures de la vie, comme tout un chacun peut en connaître, n'ont fait que me fragiliser davantage, jusqu'à me conduire vers cette forme de suicide larvé qu'est l'alcoolisme.

Le chemin du désespoir, une voie sans issue, toujours à la recherche d'absolu, je faisais exactement le contraire de ce qu'il fallait : je me détruisais au lieu de bâtir, de construire cette vie extraordinaire dont je rêvais

Je rêvais en effet, avec cette particularité qu'ont certains d'entre nous de ne pas pouvoir accepter et vivre tout simplement les réalités de la vie.

Je passais à côté du bonheur c'est sûr et en le cherchant partout dans les nuages dans les brumes de l'alcool. Je passais à côté de tout ce que la vie m'offrait sans m'en rendre compte ; je ne voyais plus, je n'entendais plus, je ne sentais plus et plus rien ne me touchait, mes sens étaient endormis, j'étais devenue complètement ...insensée...

Le bout du chemin on le connaît, certains l'ont malheureusement atteint, la folie, la prison ou la mort, sauf si avant mais juste juste avant, une petite étincelle, ou une violente secousse nous permettent juste à temps de saisir le moment ou l'on touche vraiment le fond et choisir : vivre ou mourir.

Choisir ou réagir ? Je ne sais pas. Ce que je sais d'indispensable c'est de trouver la main tendue qui va aider à remonter à la surface pour pouvoir enfin respirer et vivre.

J'ai eu cette chance un jour et je l'ai saisie. Je ne l'ai plus lâchée

Seul c'est très difficile.

L'alcoolisme est une maladie de la solitude, de cette solitude dans laquelle on se trouve enfermé à cause de cette incapacité à voir le monde tel qu'il est.

Alors, après avoir posé ce premier verre, eh oui... Celui qui entraîne malheureusement tous les autres quand on ne sait pas, quand on ne sait plus n'en prendre qu'un seul ou deux.. Après avoir posé ce verre il m'a fallu apprendre à vivre. C'est une découverte inouïe. Après un moment de grand silence ... j'ai découvert peu à peu un monde dans lequel je vivais pourtant depuis quelques années mais que je ne connaissais pas vraiment, j'ai découvert la femme que j'étais, que je suis et que je croyais tout autre, j'ai découvert ainsi peu à peu une foule de chose qui m'ont surprise, étonnée, à un âge ou l'on pense que l'on n'a plus grand chose à apprendre. Tu parles!

Soudain ma vie s'est remplie de petits bonheurs, de rires, d'enchantements, de fleurs qui poussent et que je n'avais pas regardées depuis longtemps, de parfums et d'odeurs, de saveurs que j'avais oubliés.

Il s'est produit peu à peu ce que je cherchais depuis longtemps : la vie me remplissait de bonheur, de ces petits bonheurs très drôles et coquins, farceurs qui sont et font la vie de tous les jours et me donnent la force d'affronter les "nuages" qui font partie de la vie aussi.

Le déclic s'est produit et je n'ai puisé cette force que dans le regard, les paroles, l'accueil chaleureux de "pèlerins" ayant fréquenté ce même chemin et qui savaient et qui m'ont dit des mots chaleureux, réconfortants, m'ont "prêté leur boite à outils" à travers ce programme aux éléments si simples et qui commence par « connais-toi toi-même ».

Il a fallu qu'on me fasse confiance, que l'on y croit avant moi et avec moi, pour que je reprenne confiance en moi. Après on suit la route avec les autres.
Il y a vingt ans déjà.
Et ces 20 années remplissent ma vie d'une joie que je ne puis garder qu'en la partageant encore et encore avec tous ceux qui attendent sur le bord du chemin.

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